| 06 Septembre 2009
Les Couleurs de la Toile reviennent pour une troisième saison, s’installant fidèlement au Studio des Ursulines. Tout le spectre des couleurs de cette toile sur laquelle, « il faut lever les yeux pour y voir ce qu’elle a à nous proposer, tous ensemble, dans le noir » comme dit Jean-Luc Godard. Les frissons de la redécouverte, les émois d’une nouvelle rencontre avec un cinéaste, l’étonnement et l’intérêt face aux regards et aux avis si différents portés sur un même objet, nourrissant ainsi de beaux débats qui laissent longtemps songeur… : voilà ce qui ne change pas, ce qui est constitutif de notre profonde croyance dans le pouvoir du cinéma. Toutefois, le ciné-club revient transformé. Après la Couleur au cinéma , puis le Noir&Blanc, propositions des années antérieures, nous adoptons une nouvelle approche cette année, plus incarnée sans doute : les anges déchus sera notre sujet, les années 90 notre temporalité. L’équipe s’est élargie – nous sommes cinq à présent, ayant tous plus ou moins vécu nos vertes années dans la décennie 1990 – de nouveaux yeux donc, synonymes de nouvelles envies de faire découvrir des films, parfois rares ou oubliés, et d’en discuter.
C’est donc de cette époque, et d’une certaine génération dont nous parlerons aux Couleurs de la Toile. Cette décennie précédant la révolution numérique, où l’on évoquait la chute du communisme, l’avènement de la voiture volante, le SIDA, le chômage, la couche d’ozone, le pulp et la culture grunge, la guerre des Balkans, l’impérialisme et la fin du monde. Mais notre sujet c’est aussi un âge, fait de moments rugueux, corrosifs.
Moments de déchirements, de révolte, et de marginalité qui constituent la jeunesse. Moments où ce qui compte, c’est l’être qui se transforme, qui se débat avec les oripeaux de son enfance. Les personnages des films sont tous à leur façon des anges nostalgiques, déchus, qui, pour une raison ou une autre, ont subi un destin défavorable, et doivent lutter.
Avec cynisme et résignation parfois, comme le trio d’êtres complices et rivaux de The Doom Generation, de Gregg Araki, le couple tendrement rebelle de Trust Me, film de Hal Hartley, les héros tourbillonnants des Anges Déchus, un film de Wong Kar-wai, et les archétypes des jeunes premiers que Paul Verhoeven emmène dans une guerre interplanétaire dans son film Starship Troopers.
Les personnages luttent aussi avec un noir espoir, se débattant contre le temps comme le jeune Mathias d’Arnaud Desplechin dans La Sentinelle, ou cet autre antihéros que met en scène Xavier Beauvois dans son premier film au titre implacable : N’oublie pas que tu vas mourir. Enfin, des êtres qui vont jusqu’à parier contre la pluie : ce sera le couple composé de ces deux êtres en sursis dans la belle tragi-comédie musicale de Tsai Ming-liang : The Hole.
Ces sept films racontent des quêtes, celles de personnages hantés par l’idée d’avoir été dépossédés, de leur identité, sexuelle ou familiale, de leur possible vie future, destitués de leur souveraineté. Les Couleurs de la Toile cette année, c’est l’histoire de sept luttes acharnées contre un monde déliquescent, où tout se meut et fuit, jusqu’à la réalité.









