| 12 Octobre 2010

Jeudi 7 octobre à 20h30, c’était la première projection du Ciné-Club Les Couleurs de la Toile, toujours au cinéma Le Studio des Ursulines.
Pour la reprise, notre équipe a décidé de montrer un film coloré et générationnel, « So 90’s » comme nous aimons à le qualifier :The Doom Generation de Gregg Araki.
Le jour J, à peine arrivé au Studio on sent déjà une bonne ambiance, mélange de décontraction, chaleur et plaisir du Grand écran. En effet, le public a répondu à notre appel et semble impatient de découvrir le premier film du cycle. Notre rendez-vous aurait retrouvé ses habitués et même leurs amis ? En effet, 91 spectateurs étaient présents, un record et une vraie émotion pour nous de découvrir la salle pleine.
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Pour cette séance, le journaliste Romain Charbon a accepté de parler du film avec nous. Il dit quelques mots en intro : « The Doom, c’est un film POP ». Silence dans la salle… Il précise : « Et bien, Pop, parce que vous verrez que le réalisateur détourne les objets de la culture populaire pour les intégrer à ses films qui deviennent à cheval entre le petit et le grand écran».
Suit une courte bio : « Gregg Araki est un réalisateur indépendant de la génération de Lynch et Van Sant, de la côte ouest des Etats-Unis. Une sorte de Tarantino avec le côté Homo en plus ». The Doom Generation = Pulp Fiction version Homo ? Nous n’en disons pas plus et laissons le film parler !!!
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Le film :
The Doom Generation est un road-movie trash mettant en scène 3 ados gothiques-métaleux (Jordan White, Amy Blue et Xavier Red). De retour d’une rave / pogo night, ils sont victimes d’un fait divers 100% américain : une fusillade dans une épicerie tenue par un asiatique porté sur le flingue. S’ensuit une cavale rythmée par leur fringale de Junk Food et de sexe.
Entre deux portions de Nachos et une partie de jambe en l’air, les 3 amis découvrent la folie et violence de la société américaine qui les entoure. C’est drôle, déjanté, coloré, hétéro-homo-bi, violent, gore… Bref, jouissif. Reste la fin du film, pour nous laisser un arrière-goût de sérieux. L’esthétique, saturée et colorée, les premières facilités de scénarios et l’humour potache n’auraient été qu’un premier vernis pour finalement en dire un peu plus ?
Fin du générique, le débat commence :
Le film est le premier du réalisateur à être sorti en France en 1995 et forme le deuxième opus d’une trilogie appelée la « Teen Apocalypse Trilogy ». Gregg Araki est un réalisateur communautaire bien à part… En effet, il parle de la jeunesse américaine marginale et homosexuelle (le sida, la perte de repère, les plaisirs sexuels, les nouveaux genres…) comme Van Sant mais à la sauce série Z ou teenage comédie télé comme Tarantino. Mais Romain Charbon nous précise que le film reste différent dans la filmographie d’Araki… du moins nouveau à l’époque. The Doom Generation est en effet la première « comédie » du réalisateur et où, en plus, il ne serait pas question d’homosexualité comme l’indique son sous-titre : « A Heterosexual film by Gregg Araki ». Mais alors, pourquoi souligner cette hétérosexualité alors que durant tout le film, rythmé par des rapports hétéros, la tension homo est omniprésente ? Il faudrait selon Romain chercher dans la vie personnelle du réalisateur qui après avoir fait son coming out dans les 80’s, aurait, finalement dit être bi dans les 90’s. Reste que le destin tragique des adolescents place le film comme porteur de la question homosexuelle : un crime par émasculation orchestré par des nazis sortis directement d’Orange Mécanique fredonnant :
« Deux petits pédés dans leur lit.
Un qui lèche, l’autre qui suce
Fumiers de pervers pourris
Je vois rouge
Le monde puera moins
Quand ils seront morts tous les deux »
Au-delà de ce message communautaire, The Doom Generation comporte une certaine critique des Etats-Unis: les noms des 3 personnages formant les couleurs du drapeau américain, les habitudes alimentaires, le journalisme télévisé grand spectacle et raciste, le recours aux armes et la violence affichée des commerçants.
Mais même si le film peut être vu sous l’angle communautaire et critique, il peut aussi être vu comme le récit d’un trip de 3 ados sous acide, rencontrant un destin tragique et morbide car il fallait bien finir le film à un moment… Et que cette fin se devait être à la hauteur de l’inventivité et grossièreté des injures de son héroïne : choquante, soufflante.
Alors, même si le doute persiste, ce qui est sans doute volontaire de la part de Araki (ne jamais trop se prendre au sérieux et intellectualiser, il ne s’agit que d’un film après tout, semble être la philosophie d’Araki à la lecture de ses Interivews), le film reste celui d’une génération désenchantée – « condamnée » (traduction de Doom) par le sida, la drogue, le tabac, la violence, la folie. Fitzgerald, Bukowski, Kerouac ou Easton Ellis ne sont en effet pas loin…
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Une chose est sûre, comme anges déchus, on ne fait pas mieux. Alors rendez-vous le 4 novembre pour découvrir de quel ange on vous parlera avec N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois.









