| 23 Décembre 2010

| 13 Décembre 2010
Aux Couleurs de la Toile, arrive avec cette troisième séance la projection du film éponyme de la programmation 2010-2011 : Les Anges déchus, du grand Wong Kar Wai.
Est venu débattre avec le public un réalisateur, chroniqueur et consultant pour plusieurs distributeurs français de films hongkongais : Frédéric Ambroisine. Voici ce qui a pu être dit, de part et d'autre de la salle, pendant ce débat.
La réputation de Wong Kar Wai l’auréole quasiment depuis Chungking Express : un style caractéristique, ni totalement flamboyant, ni entièrement mélancolique, mais un subtil mélange très coloré de tout cela. Quels sont les secrets de ce cinéaste si particulier ?
Tourné avec peu de moyens, Les Anges déchus est la suite de Chungking Express, autre film réalisé vraiment à l’arrache et au dernier moment dans les rues de Hong Kong et monté en trois mois pour remplir les caisses des Cendres du Temps, dont le tournage avait été interrompu. Au final, c’est Chungking Express qui lança le cinéaste à l’étranger, grâce à son style incroyable dont nous voyons la prolongation dans Les Anges déchus, qui raconte la troisième histoire qu’il n’avait pas eu le temps de narrer avant.
Wong Kar Wai révèle dès ces deux films, premiers chefs d’œuvre, ses sujets de prédilection, baignés dans une atmosphère changeante entre brutalité et délicatesse, et imbriquant des motifs récurrents : la rencontre, l’attente de l’autre, le départ ou la quête de l’être aimé, en un mot : l’amour, incarné par divers personnages tous traversés par le « spleen de Hong Kong ».
Ses films sont jonchés d’éléments réalistes (contrairement à ce que l’on a pu dire ensuite à propos de ses derniers films). La manière de filmer les rues d’Hong Kong, les soubassements, petites échoppes, restaurants étriqués ou salons de coiffure, tout paraît si réel, presque documentaire, résultant d’une grande trivialité et d’une grande beauté à la fois.
L’humour sous-tend également tout le film, comme la séquence où l’on voit le héros à califourchon sur un cochon mort, en train de lui masser les omoplates énergiquement !
Mais c’est surtout la photographie qui rend si reconnaissable un de ses films, ici l’image est sophistiquée et arrachée tout à la fois, la caméra sans cesse mouvante, l’utilisation du fish eye, un objectif déformant qui exagère les proportions, et est utilisé par exemple dans un fabuleux gros plan. Ce plan se situe dans un de ces étroits restaurants et montre le visage d’une actrice plongée dans la vapeur de son plat de nouilles, visage paraissant gonflé de mélancolie.
Wong Kar Wai doit en partie cette image à son chef opérateur : Christopher Doyle .
Enfin, l’influence de l’Occident dans son style se retrouve notamment dans le choix de la B.O. avec de nombreux tubes américains, reprises de The Turtles ou de The Mamas & the Papas (California Dreamin’ dans Chungking Express). Une de ces chansons peut habiter tout un film, sorte de leitmotiv placé, parfois avec un peu de facilité, pour marquer les moments d’émotion.
Wong Kar Wai arrive toujours à faire participer des figures très réputées à Hong Kong dans ses films, même avec de tout petits budgets, comme ici. Maggie Cheung par exemple, qui pour être méconnue en Europe à cette époque, était déjà une star à Hong Kong, touchant pour chaque film de gros cachets. Wong Kar Wai récupère aussi des acteurs qui, servant habituellement des rôles un peu simplistes où les femmes sont des « nunuches » et les hommes des caricatures, sont alors frustrés professionnellement et acceptent sans doute des compromis financiers pour tourner dans des films d’auteur. Et la façon dont Wong Kar Wai utilise les stars de là-bas est gagnante pour les publics internationaux et hongkongais.
La seule réserve que l’on pourrait émettre au style fabuleux du grand maître est d’ordre constitutif d’une politique du cinéma : si Wong Kar Wai réalise des films qui se ressemblent, faisant sans cesse se croiser des personnages archétypes venus de ses films antérieurs (comme dans 2046), et des films de plus en plus « léchés » avec l’accroissance des moyens dont il dispose, ne risque-t-on pas de se lasser ?
Cela laisse en tout cas le plaisir de la découverte à un public élargi de film en film...








