| 08 Décembre 2010
Jeudi 06 janvier – 20h30 :La Sentinelle de Arnaud Desplechin 1992 (Assister à cette séance)
Arnaud Desplechin en quête de sa tête…
Le 6 janvier 2011, une quarantaine de spectateurs sont venus assister à la quatrième séance des Couleurs de la Toile pour (re)découvrir le film le plus atypique et politique de la filmographie d’Arnaud Desplechin, réalisateur français des années 90 par excellence. David Honnorat, co-fondateur du site Vodkaster, nous a aidés à dénouer les liens de ce film complexe.
Après La Vie des morts, son moyen-métrage très remarqué, Arnaud Desplechin propose un film en forme d’exutoire et de manifeste, où la mort - sujet vital qui le préoccupe notoirement - sera traitée sous toutes ses coutures. Ce n’est sans doute pas la légèreté des sentiments qui caractérise le plus cette œuvre sombre, bien que l’humour n’en soit pas exclu.
Le film se situe à la croisée des genres entre le film d’espionnage, le thriller politique et l’intrigue historique. Le décor de l’après-guerre froide posé, Arnaud Desplechin induit le spectateur en erreur dans un dédale d’histoires diverses, plaçant toujours le récit sous le regard angoissé de son héros. Mathias, figure d’ange étrange, étudiant en médecine légale, semble se débattre dans un monde qui n’est pas le sien avec des missions qui le dépassent visiblement, il regarde les yeux écarquillés, blême de frayeur et avec le nez saignant la société parisienne qui fait semblant de s’amuser. Et c’est lui qui se retrouve chargé d’accomplir ce lourd devoir de mémoire, celui de creuser littéralement dans une tête pour rétablir l’identité, et donc le respect et la dignité d'un cerveau échappé d’Europe de l’Est.
Dans La Vie des morts, un des personnages dit regretter que l’on s’occupe davantage des morts que des vivants. Ici, Mathias se met en marge de la société des vivants pour faire parler les millions de morts sur lesquels les Officiels se sont assis pour faire l’Histoire.
Film audacieux et compliqué, La Sentinelle, réalise un portrait de l’Europe sociale d’après guerre et prend acte de la chute du communisme pour proposer le récit d'un homme qui court à sa perte pour en sauver un autre. Brillant , le film multiplie les mises en abyme et les métaphores fascinantes ; c’est en sauvant la mémoire de la « tête » d’un homme que le héros met le doigt sur les milliers de charniers oubliés, un héros au nom de pistolet : Mathias Barillet.
Arnaud Desplechin semble régler ainsi ses comptes avec le sujet de la mort avant de rentrer dans ce qui constituera sa facture principale par la suite : les films de groupes, mettant en scène des histoires familiales, remplies d’affection et de ressentiments. Cherchait-il son style en 1992 ou bien manifestait-il ici, vraiment, son attachement à la vie des morts en leur accordant droit de cité et s’inscrivant dans la continuation d’une idée récurrente dans les civilisations traditionnelles, celle du respect nécessaire de la mémoire des morts et des aïeux ?
En tout cas, si La Sentinelle n’est pas un film politique au sens moderne du terme, il l’est incontestablement au sens d’une éthique politique revendiquée par un artiste hanté par la menace de l’oubli...
...Bonne année à tous.









